Bouche-trou pour sociopathes (petite_dilly) wrote,
Bouche-trou pour sociopathes
petite_dilly

  • Music:

Maudits silmarils, livre III : Le tourment II (Fingon, PG)

Dernière scène de l'arc du mariage de Fingon avant le « grand final » (lol).

Je me demande si les pensées de Fingon ne sont pas trop explicites, mais on les entend si peu d'habitude que c'est peut-être une bonne chose de les connaître enfin. Pour « Le tourment I », voir ici.

(bon sinon c'est pas drôle du tout à lire !)



Meril était partie visiter ses parents, dans le domaine familial, pour un mois. Fingon, qui continuait à dépérir, put ainsi se détacher de ses obligations maritales pour quelques temps. La dernière tentative qu'il avait faite pour consommer son mariage s'était à nouveau soldée par un échec. Il ne comprenait pas pourquoi tout le monde avait l'air de trouver cela si facile, voire agréable. Etre si proche physiquement d'une autre personne qu'au fond il ne connaissait guère lui répugnait au plus au point. Oui, il trouvait cela absurde, absurde et désespérant, et écoeurant. Il s'était sacrifié, comme l'avait demandé son père. Mais alors il ne connaissait pas le prix à payer. Meril lui était sympathique, il aimait à incarner l'amoureux dont tout le monde pouvait rêver, et lui faire plaisir… Qui n'aurait pas été charmé par un prince aussi galant ? Comme cela devait être agréable, grisant ! Et il avait été presque curieux de connaître cette joie du mariage dont son frère, et d'autres, faisaient tant de cas. Il avait été bien déçu.

La ville était étrangement calme, en dehors du palais. Fingon dégrapha l'Elessar de son pourpoint bleu, puis la rangea dans une boîte qu'il laissa dans sa chambre.

Quelques jours plus tard, on narrait un nouvel exploit du prince héritier : sans aucune hésitation, il s'était engouffré dans une maison en flammes, pour en sauver un enfant pris au piège. L'enfant était sain et sauf, et Fingon seulement brûlé aux jambes très superficiellement.

On lui avait servi dans ses appartements du vin, qu'il avait réclamé.

Est-ce qu'ils mentaient tous ? Au sujet du mariage ? Est-ce qu'ils lui cachaient la vérité ?

Des bruits de cliquetis le firent sursauter. Mais il n'y avait rien… Ces bruits de cliquetis lui rappelaient quelque chose… Le bruit des lances les unes contre les autres… Les sourires de biais, les visages qui se tournent. Une lance dans le coeur. Deux lances dans le coeur. Trois lances dans le coeur. Une douleur, atroce. "Une douleur ô combien méritée", disait un regard fixe sous les étoiles.

Fingon se couvrit les yeux. Il faut oublier, j'ai tout oublié !

Les paumes de ses mains étaient devenues humides. Il les éloigna de son visage, l'air égaré.

Au revoir, mon cousin.

La douleur revint, dans son coeur et son ventre. Elle était si implacable et insurmontable qu'il s'écroula à genoux, serrant son abdomen qui se contractait, faisant surgir des larmes qui venaient du plus profond de lui, en un gémissement rauque et continu.

- Il faut oublier… J'ai tout oublié.

- Non ! Non je n'ai pas oublié ! Je ne peux pas oublier !


« Cela ne sert à rien d'oublier, je te le dis. »

C'était la voix de Maica.

« Tu penses que tu peux créer ton propre monde, et te retirer en lui, mais tôt ou tard, le véritable monde viendra te mordre et te déchirer. »

Fingon tendit la main vers son verre de vin, dont il but une gorgée.

« Je dois voir Maica », pensa-t-il. « Il faut que je la vois... J'ai besoin de la voir. »

Cette résolution parvint à le faire sortir de l'abîme de désespoir dans lequel il se trouvait. Il finit le reste de la bouteille, et tâcha de se rendre présentable.

Malheureusement, on lui dit que la Dame de la Source ne se trouvait pas dans la capitale, mais était actuellement sur ses terres. Fingon fit alors sceller son cheval, et passa le col pendant la nuit. Au bout de quelques heures, il fut au Manoir de la Source.

« Madame est partie à la chasse », lui dit-on. « Depuis plusieurs jours. »

« Depuis plusieurs jours ? »

« Oui Prince. Elle peut chasser pendant des jours et des jours. Mais je vais vous faire préparer notre meilleure chambre. »

Fingon hésita. Il pouvait attendre qu'elle revienne. Mais quand reviendrait-elle ? Rien n'était sûr… Il était effrayé par la souffrance à venir, lui qui était pourtant si brave.

« Elle doit être dans son pavillon de chasse », réalisa-t-il.

Alors il se tourna vers le serviteur et lui dit haute voix : « Je vous remercie. Cependant je ne rentrerai peut-être pas ce soir, je vais galoper un peu dans les collines. »

Il connaissait l'exact emplacement de ce pavillon que la femme-elfe avait fait construire, pour ses longues sorties en plein air. Il était bien loin du manoir, introuvable pour un étranger.

La neige commença à tomber sur le Nord Hithlum.
Tags: maudits silmarils
Subscribe

  • Post a new comment

    Error

    default userpic
    When you submit the form an invisible reCAPTCHA check will be performed.
    You must follow the Privacy Policy and Google Terms of use.
  • 0 comments