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Maudits silmarils, livre III : La rose du Sirion (Meril/Fingon, Maica, PG)

Le titre fait référence à la signification du nom de Meril ("rose"), et au manga/anime superbe Versailles no bara ("Les roses de Versailles", "Lady Oscar" dans la vf). J'en profite pour en caser quelques musiques !

A part ça je ne sais pas pourquoi, mais j'entends toujours Meril avec la voix de Bérangère Jean...







Maica traversait le champ en dehors des remparts, qui servait habituellement de cadre aux foires, lorsqu'elle vit la princesse Meril, la jeune épouse de Fingon, assise sur un cheval... qui avançait.

« Aurait-elle enfin appris à monter ? » se demanda la guerrière elfe.

Mais à cette première surprise s'ajouta une deuxième : Meril n'était pas assise à califourchon sur le cheval. Ses deux jambes étaient du même côté de la selle. C'était la manière dont certaines dames de la cour montaient, pour ne pas avoir à écarter les jambes de manière inconvenante, et par peur d'avoir par habitude les membres déformés. La princesse Aredhel avait beau avoir donné l'exemple dans les hautes sphères en montant comme un homme, peu l'avait suivie.

La cavalière et son cheval faisaient le tour du champ, ses deux dames de compagnie s'étant assises sur des ballots de paille. Meril avançait fièrement, et elle ne tarda pas à parvenir au coin du champ où se trouvait Maica. Cette dernière put constater la recherche de sa tenue : un habit de cavalière framboise, avec de petits volants verts ornementant le bas de la veste. Elle ressemblait à une magnifique rose.

« Madame », dit Meril, s'arrêtant.

« Princesse », répondit Maica, en faisant la révérence.

La dame de la Source eut un instant l'impression que la jeune fille la toisait avec un air de défiance.

« Je vois que vous avez appris à monter sur un cheval », constata la tante d'Ecthelion.

« Oui, ainsi je pourrai suivre mon mari quand il part chasser. »

Maica fronça les sourcils, l'air aussi amical qu'une porte de cachot.

« Monter sur un cheval n'est pas chevaucher », dit-elle alors.

Le visage de Meril se froissa, ses joues se colorèrent.

« Comment osez-vous ? »

« Je ne souhaitais pas vous offenser », répondit-elle.

« Vraiment ? Vous avez toujours été jalouse de moi ! » pesta Meril, comme si elle laissait exploser un ressentiment longtemps contenu.

« Pourquoi serais-je jalouse de vous, au nom du ciel ? »

« Parce que j'ai épousé Fingon, et pas vous ! »

Maica en resta momentanément muette. Puis elle répliqua : « Il n'est pas mon type ! »

« Mon père, le seigneur Gildin, dit que quand quelqu'un dit cela, il faut comprendre exactement le contraire. »

Le visage de la femme-chevalier s'empourpra.

« Gildin dit n'importe quoi. »

« Mais vous ne l'aurez pas, il est à moi maintenant ! »

« Je ne veux pas l'avoir. »

Maica baissa les yeux.

« Vous ne me comprenez pas, Altesse. Et il semble que je ne vous comprenne pas non plus. Mais si votre but est de vous rapprocher de votre mari, vous n'y parviendrez pas en montant de cette façon. Comment le suivrez-vous dans la forêt, dans les terrains montants, dans les ornières ? »

« Je n'ai pas besoin de me rapprocher de mon mari », mentit Meril, s'assurant brusquement que ses dames de compagnie ne puissent pas entendre la conversation.

« Laissez-moi vous montrer, comment faire pour chevaucher réellement. »

Un éclair de détresse traversa le visage de Meril. Puis elle sembla tiraillée par le doute. Maica profita de ce moment d'indécision pour faire le tour du cheval, là où Meril aurait dû poser sa jambe droite. Elle tendit le bras.

« Vous devez passer votre jambe de l'autre côté. »

« Mais c'est inconvenant... »

« Si le prince Fingon le fait, c'est que ce n'est pas inconvenant. »

Meril ramena sa main sur son menton, battant des cils. Maica se retint de ne pas lever les yeux au ciel.

« Altesse, avec tout le respect que je vous dois... Soulevez votre cuissot pour le mettre tout entier de l'autre côté de cette selle. »

« Je n'y arrive pas », dit Meril.

Maica s'approcha et la prit par la taille, la souleva, jusqu'à ce qu'elle déplace sa jambe.

« Hé bien, c'est bien mieux. »

Voyant que ses dames de compagnie accouraient, elle ajouta : « Je vous ferai faire une nouvelle selle. Retrouvons-nous la semaine prochaine, pour que je vous apprenne à bien monter. »

Les yeux écarquillés, Meril hocha tout de même la tête.

Mais la semaine suivante, à l'heure et au lieu fixé, Maica fut surprise de voir arriver non pas la princesse Meril, mais son père Gildin. Elle eut l'air contrariée en l'apercevant.

Gildin avait donné ses yeux verts à sa fille, et ils paraissaient encore plus clairs et surnaturels, sous ses cils et ses sourcils foncés. Il portait son habit militaire, aux couleurs et aux armes de l'Epervier. Ses très longs cheveux châtain foncé étaient regroupés en une unique et large tresse ce jour-là, qui reposait sur sa poitrine, couverte d'un plastron d'argent brillant.

« Madame », dit-il.

« Seigneur de l'Epervier... Je désirais donner des cours d'équitation à votre fille. »

« Je le sais. C'est une louable attention de ta part », répondit-il moins formellement. « D'ailleurs j'ai suivi ton conseil, j'ai commandé une nouvelle selle, et ai engagé un nouveau professeur. »

Maica fronça les sourcils.

« De quoi as-tu peur ? Je sais qu'elle est fragile, mais je ne vais pas la casser. »

Gildin rit.

« Ma femme est très anxieuse de nature », répondit-il. « Elle croit que tu veux assassiner notre fille pour prendre sa place. Enfin... De toute façon tu es déjà bien occupée. Nous n'allons pas t'ajouter cette charge. »

« C'est pour Fingon que je souhaitais faire cela... » dit Maica.

« Pourquoi ? »

Maica ne répondit pas, sachant qu'elle se trouvait sur un terrain dangereux, quand bien même Gildin était déjà au courant.

Six mois plus tard, elle croisa Meril dans un couloir. Après les salutations habituelles, cette dernière la prit à part pour lui parler.

« Je voulais vous remercier », dit Meril. « C'est vraiment beaucoup plus amusant de monter ainsi. Et même si cela m'abîme la peau à cause du frottement, je prends toujours un bain après, et je mets beaucoup de crème. »

Le visage de Maica était inexpressif, blasé.

« Même si mon père a refusé que ce soit vous qui me donne des cours... Je peux déjà accompagner Fingon de temps en temps. Et, je ne sais pas pourquoi, j'ai eu comme un pressentiment, hier... Le pressentiment que je vous aiderai un jour, moi aussi. Et qu'ainsi, je pourrai vous remercier. »

Maica écarquilla les yeux.

« Je... »

Elle eut soudain ce pressentiment elle aussi. Et quand Meril fut partie, troublée, elle s'appuya contre les murs de la forteresse, se tenant la poitrine, les yeux emplis de larmes.





Tags: maudits silmarils, riyoko ikeda
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