Bouche-trou pour sociopathes (petite_dilly) wrote,
Bouche-trou pour sociopathes
petite_dilly

Maudits silmarils, livre II, ch. 9 : Pas de pitié pour les neveux, p.2 (Ecthelion, Belin, PG)

En route chez Tante Mahaut ! (ou Tonton Euron ?)




Les festivités terminées, Ecthelion et Belin devaient quitter leurs appartements au château. La Dame de la Source vint alors les haranguer, un cercle d'argent seigneurial ceignant le haut de sa tête.

« Ecthelion, tu ne retourneras pas aux maisons de guérison », déclara la femme-elfe avec morgue. « Je vous invite à séjourner dans mon manoir. Mettons-nous en route ! »

Quelques minutes plus tard, Ecthelion chuchotait dans l'oreille de Belin : « Pourquoi elle a un manoir et pas moi ? »

Elle fit embarquer Ecthelion dans une charrette, avec tout son équipement et ses bagages. Belin montait à cheval, ainsi que l'écuyer de Maica. Le cheval d'Ecthelion les suivait. Ils passèrent la porte Est de la ville à l'aube. La route était pavée de carrés hexagonaux, mais elle devint bientôt de la simple terre battue. Au bout d'une heure, ils passèrent un col, qui débouchait sur la grande plaine d'Hithlum. Elle était couverte d'herbe, comme Ard-Galen, mais aussi de fleurs. A leur gauche, ils pouvaient voir le grand lac Mithrim, au bord duquel avait été édifiée une ville, Ost-Mithrim.

« Comme c'est beau », dit Belin.

« Vous voyez ces montagnes, en face ? » dit la femme-elfe. « Derrière, il y a une autre plaine, le Dor-Lómin. C'est le fief du prince Fingon. »

« Je me souviens de ce paysage », dit Ecthelion.

Belin ne dit rien, mais il savait déjà tout cela, depuis qu'il avait appris à lire.

« Habituellement, il y a beaucoup de brouillard le matin, mais vous avez de la chance aujourd'hui. Cette ville, édifiée sur le bord nord, n'a pas toujours été là. Ce fut d'abord un campement, Fëanoriens d'un côté, et Fingolfiniens de l'autre. J'ai vécu dans ces tentes, durant mon adolescence. Maintenant, la plupart des Fëanoriens sont partis. »

Ils poursuivirent leur chemin vers la droite, sur la route du nord qui longeait les Montagnes Ombreuses. Belin remarqua qu'il semblait avoir gelé pendant la nuit. La pause méridienne passa, puis la moitié de l'après-midi.

« On arrive bientôt ? » demandèrent Belin et Ecthelion à la femme-elfe.

« Ce soir, si tout va bien... »

Elle se mit à chanter. Sa voix était toujours étonnamment aiguë.

Ce que j'aime par-dessus tout
C'est galoper dans les plaines
Mère, je ne veux pas d'époux
Pour étancher ma peine

Ce que j'aime par-dessus tout
C'est la caresse du vent
Mère, je ne veux pas d'amant...
Seulement le souffle du vent

Dans sa charrette, Ecthelion s'était emmitouflé dans une couverture. Il ferma les yeux.

« Elle chante bien », commenta Belin. « Mais pas aussi bien que vous, Messire. »

« J'entends tout ! »

* * *

Les heures passèrent. Il faisait de plus en plus froid. La nuit tombée, ils parvinrent à un carrefour.

« C'est à droite », indiqua la Dame de la Source.

« Oui, je connais cet endroit », pensa à nouveau Ecthelion.

Mais dans sa mémoire, il n'y avait pas de corbeaux – ni ce qui servait de panneau indicateur : un grand poteau de bois auquel était fixée une poutre, en équerre. Une corde était attachée à la poutre. Au bout de cette corde, quelque chose de volumineux se balançait.

« Qu'est-ce que c'est ? » demanda Belin.

« Un gibet », répondit Maica, en poursuivant sur la route montante.

Sans descendre de son cheval, Belin s'approcha du gibet. Un orc en armure y était pendu, son corps déjà en parti pourri. Ses orbites étaient vides. L'humain détourna les yeux, comme si cette vue le blessait. Des corbeaux vinrent se poser en haut de la potence, croassant.

Ecthelion regardait la construction en fronçant les sourcils.

Ils montèrent la route, qui menait à un petit château, possédant néanmoins des défenses imposantes. On devinait qu'il devait pouvoir servir de bastion de repli en cas de prise de Barad-Eithel.

« C'est ma maison ! » s'exclama Ecthelion. « C'est là que j'ai grandi... »

« Hé bien oui », répondit sa tante. « Où voulais-tu que cela soit ? »

Ecthelion eut l'air plus ému encore, quand il pénétra dans le hall. Des domestiques s'avancèrent, mais il ne reconnut pas le régisseur, qui était une femme.

« L'ancien régisseur est parti vivre à Tol-Sirion », expliqua Maica, buvant la coupe que lui tendait la régisseuse, qui s'avança ensuite vers Ecthelion.

Belin s'arrêta devant le portrait d'un homme qui ressemblait beaucoup à son maître. Il y avait aussi une grande tapisserie, qui représentait Fëanor, entouré d'elfes tenant des flambeaux, et tendant le poing. Une autre représentait Fingolfin menant un cortège arrivant en Beleriand ; il y avait le soleil au-dessus de sa tête et des fleurs sous ses pieds.

« Guidez mon neveu Ecthelion de la Fontaine vers sa chambre. Il a été blessé au combat et ne peut plus se servir de ses jambes pour le moment. »

Belin décida de l'accompagner. La chambre était à l'étage, deux serviteurs le portèrent, tandis que l'écuyer s'occupait de la chaise roulante.

Quand Ecthelion entra dans la chambre, il ne put s'empêcher de pousser un cri. Tout était semblable à celle qu'il occupait étant enfant : le lit, les meubles, les rideaux, les tapis…

« C'est ma chambre… Quand j'étais petit... »

« Vraiment Messire ? » répondit Belin.

L'humain se permit d'aller regarder dans le coffre à vêtements ; il en sortit une petite tunique blanche à motifs floraux.

« Oh Messire », dit-il en riant, « c'était votre habit, quand vous n'étiez qu'un tout p'tit p'tiot ! »

« Oui, elle était déjà trop petite quand je suis parti », se souvint Ecthelion.

« C'est mignon... » dit Belin. Il sortit ensuite une petite chaussure en cuir, qu'il observa.

L'elfe ouvrit la boîte qui se trouvait sur un guéridon. Elle était remplie de figurines. Il en saisit une : elle représentait un guerrier roux. Il lui manquait une partie de son armure argentée, et sa main dévissable. Ecthelion prit les autres parties de l'armure, dont le métal brillant était si attirant à un œil d'enfant, et les refixa. Mais il ne trouva pas la main. Il prit ensuite la figurine représentant Fingon, la plus musclée.

« Regardez, Belin ! »

« On dirait une poupée du prince Fingon, Messire. »

« Ce n'est pas une poupée, c'est un soldat articulé. »

« Les nattes sont bien peintes », apprécia Belin.

Ecthelion rangea les figurines. Il roula jusqu'au lit, en toucha l'édredon si familier. Il eut l'impression qu'il se jetait à nouveau dessus, qu'il ressentait toutes les impressions de ce moment, comme si il était à nouveau cet enfant, il y a cinquante ans de cela. Une larme coula sur sa joue.

« Messire... »

Belin posa une main sur son dos.

« Pourquoi... » commença Ecthelion. Mais il ne finit pas sa phrase.



Tags: maudits silmarils
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