Bouche-trou pour sociopathes (petite_dilly) wrote,
Bouche-trou pour sociopathes
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Maudits silmarils, livre II, ch. 9 : Pas de pitié pour les neveux, p.1 (Russingon, Fingolfin, etc)

Le titre est celui d'un roman de P.G. Wodehouse (auteur des Jeeves).



Chapitre 9 : Pas de pitié pour les neveux



Le retour de bal fut difficile pour Orodreth.

« Je n'existe pas, pour elle », geignit le fils d'Angrod. « Je ne suis qu'une oreille bonne à entendre le récit de son amour pour le Prince Fingon. »

« Pourquoi vous plaignez-vous à moi ? », répondit Ecthelion avec agacement. « Je vous avais pourtant prévenu de ne pas vous engager dans cette affaire, et de vous consacrer à la pratique des armes. Si vous n'aviez pas laissé cette situation exécrable s'installer dès le départ, vous n'en seriez pas là où vous en êtes aujourd'hui : une loque elfique, réduite à écouter les lamentos d'une midinette. »

« D'accord », rétorqua Orodreth, vexé. « Ma situation est peut-être difficile... Mais elle pourrait être pire. Par exemple, je pourrais être amoureux de mon écuyer. »

« Qui est amoureux de son écuyer ? », demanda Ecthelion.


* * *


Les jours suivants virent encore se dérouler des concours : concours musicaux (les plus importants de tous), concours d'art et d'artisanat divers, concours hippiques (on décernait le prix non au cavalier ou au propriétaire, mais au cheval lui-même). On disait que le plus rapide destrier était celui du roi, Rochallor, mais il ne le faisait pas concourir. Ecthelion tenta le concours de chant masculin et remporta le prix.

« J'aurais au moins pu faire celui-là ! » dit-il.

« Messire, vous allez être célèbre », dit Belin.

Le roi de Gondolin semblait moins agacé contre son chevalier, maintenant qu'il avait remporté le prestigieux grand prix de chant.

« Vous avez-vu, Père ? Mon chevalier de la Fontaine a remporté le prestigieux grand prix de chant. »

« Oui… ça ne m'étonne pas. Son père était un grand musicien, ici à Barad Eithel. Il a dû le former durant son enfance. »

Turgon demeura silencieux et immobile. Le Grand Roi des Noldor se tourna vers lui, fronçant ses sourcils pointus.

« Quoi ? J'ai encore dit quelque chose… ? »

« Non, rien. »

Son serviteur gondolinien lui tendit une tasse de tisane. Il en avait préparé une marmite entière, selon les recommendations de Penlodh.


* * *

Trois jours plus tard, à l'aube, Maica faisait des exercices physiques à l'extérieur, quand elle vit passer Fingon, vêtu d'une simple veste verte et dorée par-dessus sa chemise de nuit, et d'un pantalon de couleur unie. Ses cheveux n'étaient pas tressés, sans nul ornement, et à peine peignés.

« Oh, mais tu es tout beau ce matin », ne put-elle s'empêcher de faire remarquer, sans ironie.

Il avait l'air de mauvaise humeur, ou mal réveillé, et ne lui répondit pas.

Elle vit qu'il rejoignait le bas de la route, là où était postées depuis quelques moments les deux délégations venues d'Himring et d'Himlad.

« Tu aurais pu me prévenir à l'avance », dit Fingon, quand il arriva sur les lieux.

« Je l'ai fait », dit Maedhros.

« Personne ne m'a rien dit pourtant. »

Maedhros eut l'air surpris.

« C'est étrange... »

« Et pourquoi pars-tu maintenant ? Je pensais que tu resterais au moins un mois ! »

« Hé bien, je venais pour assister à la fête, et m'assurer que tu allais bien… J'ai l'impression que l'Elessar fait effet, n'est-ce-pas ? »

« Oui, mais… »

« Je ne peux pas laisser Maglor gérer la Brèche et Himring seul trop longtemps… »

« Un mois de plus, ça n'est pas grand chose », insista Fingon.

« Mais comme ça, tu es obligé de venir me voir à Himring... »

Fingon hocha la tête.

« J'ai vraiment été heureux d'avoir pu te revoir », ajouta Maedhros, les yeux mouillés. « Au revoir, mon cousin. »

Il le serra dans ses bras, puis l'embrassa juste au coin de la bouche, avant de s'éloigner. Fingon demeura immobile, se touchant l'endroit où Maedhros l'avait embrassé du bout des doigts.

Quand Maica vit repasser Fingon, elle aurait juré qu'il pleurait.


* * *


Fingon était résolu à visiter son cousin à son tour, les mois suivants, mais Fingolfin lui donnait toujours une nouvelle tâche à accomplir. L'hiver fut ensuite trop rude pour qu'il voyage. Au printemps suivant, il ne retourna pas au camp d'Ard-Galen, bien qu'il fût guéri, car cette charge avait été confiée à Mîrdolen. Il y avait de plus des problèmes dans ses propres terres, qu'il dut régler, et cela prit des mois. Puis Fingolfin l'envoya dans Ered Wethrin vérifier tous les bastions qui s'y trouvait. Et ainsi il fit tout le tour du carré d'Hithlum.

Il ne revit pas Maedhros avant de nombreuses années.


Tags: maudits silmarils
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