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Maudits silmarils, livre II, chapitre 8 : Le bal, partie 2/3 (Orodreth/Meril, Turgon, Fingolfin, PG)

Qui gagnera le concours du Pire Père de la Terre du Milieu ?




Le lendemain, il y eut un concours de tir à l'arc, durant lequel Aredhel se distingua, à la grande fierté de Fingon et Celegorm. Et le soir venu, Fingolfin fit donner un grand bal au château.

Meril Limwen, jeune aristocrate d'ascendance sindarine, et fille unique de Gildin, Seigneur de l'Épervier, s'était préparée longuement avant de s'y rendre. Elle s'était d'abord délassée dans un bain parfumé au lait et aux pétales de roses, puis ses servantes avaient lavé ses longs cheveux bruns. Après les avoir laissés sécher au soleil, les jeunes filles elfes les avaient tressés, pour les lever de part et d'autre de sa tête en une architecture compliquée, supervisée par sa mère. Puis elle avait revêtu une robe de soie bleue ornée de dentelle fine, et s'était coiffée d'un chapeau décoré de plumes d'autruches. Enfin, pour faire ressortir ses grands yeux verts en formes d'amandes, elle avait enduit ses cils de poudre noire, et ses lèvres de mûre écrasée.

« Ilúvatar ! Comme vous êtes belle, ce soir », ne put s'empêcher de dire Orodreth, son meilleur ami, toujours affublé de ces étranges collants moulants et de cette terrible coiffure à frange.

« Vous avez mis vos habits du dimanche, vous aussi », répondit-elle.

Orodreth avait effectivement choisi ses poulaines les plus pointues, pensant que cela le rendrait plus attirant et compenserait son défaut de musculature. Il avait aussi demandé à son domestique de lisser sa frange avec un fer chaud et gonfler ses cheveux coupés au carré. Un parfum aux notes capiteuses était venu relever le tout.

« C'est une occasion spéciale », expliqua-t-il.

Le bal était donné dans toutes les grandes salles du rez-de-chaussée. Il y avait plusieurs orchestres, de musiciens Sindar et Noldor. A l'exception de la table du roi, située à l'extrémité du grand hall, devant le trône, on trouvait ici et là des comptoirs de boissons et nourriture. Un va-et-vient constant de serviteurs tournait en provenance des cuisines. On les reconnaissait à la sobriété de leurs vêtements, et au fait qu'il portait des plats et de grandes bouteilles de verre rondes.

« Messire, je n'ai jamais vu autant de belles femmes-fées », déclara Belin, qui ne savait plus où donner de la tête.

« Ah bon, vous trouvez ? »

L'humain s'était rasé de près, et Ecthelion avait tressé ses cheveux. Il portait fièrement son pendentif en forme d'arbre d'or par-dessus une tunique bleu clair toute neuve.

Meril vint dans le grand hall au bras de son père Gildin, un elfe de haute taille aux yeux couleur d'émeraude, dont les très longs cheveux châtain clair descendaient jusqu'à ses genoux, en grandes ondulations. Ecthelion ne put s'empêcher d'admirer de tels cheveux et de tels yeux. Gildin vint saluer Maica, puis il déposa sa jeune fille près d'un groupe de drageoirs ouverts, avant de s'éclipser. Meril prit une guimauve, puis tourna son regard vers la table du roi : s'y trouvait Fingolfin, sa fille Aredhel, et son fils Turgon, le pied droit enveloppé d'un énorme plâtre.

« Je me demande où est le Vaillant Prince... » pensa-t-elle.

Le chevalier en fauteuil roulant qui se trouvait à côté d'elle prit trois guimauves à la fois, à sa grande horreur.

« Ché trop chucré », dit-il.

« Essayez ce petit gâteau au miel, Messire », dit l'elfe blond de petite taille qui l'accompagnait.

Et il se mit à regarder Meril avec des yeux de merlan frit.

« Elle est bien belle », murmura-t-il à Orodreth.

« C'est Elle ! » chuchota ce dernier à Belin.

Il le prit à part.

« Elle ? »

« Meril Limwen ! La dame dont je vous avais parlé, et pour laquelle j'éprouve de tendres sentiments, sans espoir de retour... »

« Ah ! Je ne savais point. Mais j'espère qu'vous allez réussir », dit-il. « Même si le Prince Fingon est très fort et bien bel elfe. »

A la table royale, Turgon avait l'air plus blasé que jamais.

« Pourquoi te mets-tu toujours dans ce type de situation ? » s'interrogea Fingolfin.

« Mais ce n'est pas moi ! C'est quand même fou... »

« Peut-être que tu ne fais pas preuve de suffisamment d'autorité avec tes subordonnés. Tu dois leur montrer qui est le maître. »

« Attendez que les pièces-montées arrivent, vous allez comprendre. »

Fingolfin ne comprit pas... Il reprit :

« Et Egalmoth, es-tu parvenu à lui serrer la vis ? »

« Bien sûr. »

Fingolfin poussa un soupir. Les soupirs de Fingolfin étaient le son le plus désagréable sur terre, juste après celui du marteau de Morgoth.

« Turukáno… »

« Oui Père. »

« Je m'inquiète pour toi. »

À ces mots, il lui tendit une écrevisse.

« Quoi ? »

« Hé bien mange. »

Turgon avait l'horrible sentiment de retourner en enfance. Il se mit en devoir de manger son écrevisse.

« Ce qu'il faut avoir », reprit Fingolfin, « c'est une main de fer, dans un gant de velours. Et non l'inverse. »

L'écrevisse semblait de plus en plus écœurante.

« J'ai appris cela de mon propre père. Quand j'étais enfant, à Tirion… Une fois, je suis tombé de cheval. J'avais plusieurs os cassés, la douleur était atroce. Mère est venue à mon chevet. Elle a fait appeler Finwë, mais il n'est pas venu. Sais-tu pourquoi ? »

« Non », répondit Turgon d'une voix éteinte.

« Il tenait une réunion importante au conseil. Et je l'ai admiré pour cela, quand ma mère me l'a dit. J'ai décidé que j'endurerai la douleur, et que je serai brave. Puis j'ai appris qu'il avait tout de même fait écourter le conseil, peu après. »

Fingolfin baissa les yeux. Il avait les mêmes longs cils noirs que Fingon.

« On lui avait apporté une missive envoyée par Fëanor. Il voulait lui montrer sa dernière création. Cela n'a pas plu aux membres du conseil. Et moi, par contraste, j'ai aussi compris ce que devait être un roi. Un souverain est l'esprit de la Nation, il doit être tout entier tourné vers l'intérêt général. Il doit être juste, et ferme. Sans complaisance avec lui-même, ou avec autrui. Il ne doit favoriser personne, même pas l'un de ses fils. »

« Vraiment ? C'est Nienna qui se moque de la charité », dit soudain Turgon.

« Pourquoi dis-tu cela ? », demanda Fingolfin.

« Tu te plains que Finwë préférait son fils aîné, mais tu fais exactement la même chose », répondit l'autre d'une voix amère.

« Au contraire... Je n'ai jamais fait cela. »

« Allons ! Depuis que je suis né, je ne cesse de t'entendre dire que Fingon est "spécial", qu'il est si spécial que tu veux "toujours pouvoir l'avoir sous les yeux" ! » s'énerva Turgon, en agitant son écrevisse.

« Mais c'est vrai », répondit Fingolfin, au grand désarroi de son fils. « Ton frère est spécial. »

Il tourna son regard vers l'intéressé, alors occupé à discuter avec Maedhros, les nattes plus enrubannées que jamais.

Oui..., songea Fingolfin, très spécial.

* * *


« J'ai l'impression que tu es en colère contre moi », finit par dire Fingolfin.

« Il faut toujours que tu me critiques ! »

« Je ne te critique pas, je te donne des conseils… Lorsqu'on gouverne, on est entouré de flatteurs… Un roi a besoin d'un avis honnête… C'est inutile de faire semblant de ne pas voir l'araignée géante dans le champ de fleurs. »

Le visage de Turgon n'avait jamais été aussi décomposé. Mais tout décomposé qu'il était, il vit une des participantes au bal lui adresser un regard doux et brillant. Il fronça les sourcils.

« Et malgré le fait que ce chevalier de la Fontaine semble ne te porter absolument aucun respect... »

Turgon se resservit un verre de vin.

« Je dois reconnaître que lui et son écuyer ont fait un certain effet sur Ard-Galen. Celui qui t'a roulé sur les pieds, a sacrifié ses jambes au combat… Et quant à l'humain qu'il accompagne, il s'est distingué par une action d'éclat. Un grand courage,si tu veux mon avis, pour une vie de si courte durée. »

Turgon faillit avaler son vin de travers ; une autre danseuse lui jetait un regard suggestif. Le fils de Fingolfin se frotta les yeux.

« Quoi ? Ça ne te fait pas plaisir, ce que je te dis ? Tu ne vas pas pleurer, tout de même... »

« Non Père… Mais il y a quelque chose que je ne comprends pas… Pourquoi toutes ces femmes me regardent en battant des cils ? »

« Hé bien, tu es veuf et roi… C'est ce que certains considèrent comme un bon parti », expliqua Fingolfin.

« Mais… Je suis marié à Elenwë... »

« Cela doit se savoir que tu es veuf. »

Turgon en resta interdit.

« C'est amusant », fit alors remarquer Fingolfin, sans avoir l'air amusé, « d'habitude, elles regardent ton frère… Un vrai aimant à jouvencelles. »

Les yeux de Turgon se fermèrent à moitié d'accablement. Le visage d'Elenwë apparut alors devant lui... Mais il fut surpris, car il était réellement devant lui.

« Majesté », dit l'un de ses serviteurs, qui avaient été soigneusement choisis et instruits par Penlodh, « Considérez ce portrait de votre défunte épouse, que nous avons fait peindre par un artiste local. »

« Oh, merci mon bon… Quelle bonne idée ! » s'exclama Turgon en prenant le portrait avec lui. « Il est vraiment ressemblant », dit-il à son père, en lui montrant.

Cette fois, Fingolfin avait vraiment l'air amusé, en regardant le digne serviteur.




Tags: maudits silmarils
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