Bouche-trou pour sociopathes (petite_dilly) wrote,
Bouche-trou pour sociopathes
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Maudits silmarils, livre II, chapitre 8 : Le bal, partie 1/3 (E/Belin, Russingon, Turgon, Celegorm)

ça avance... Suit directement la fin du chapitre 7 (Belin s'est mis à pleurer pendant la fête).




Chapitre 8 : Le bal


« Qu'est-ce que vous avez Belin, pourquoi pleurez-vous ? » demandait Ecthelion, le visage inquiet.

« Rien messire », répondit l'humain en séchant ses larmes.

L'elfe l'incita à s'asseoir sur une pierre.

« C'est d'avoir parlé au roi ? »

« Non c'est le temps d'ici, j'pense… Je n'y suis point t'habitué. »

« C'est vrai qu'à Gondolin il y a un micro-climat. C'est dans une cuvette. Et puis il y a beaucoup trop de gens dans cette fête. »

Il essaya tant bien que mal de se rapprocher de lui avec son fauteuil. Belin avait les yeux rouges, et il regardait obstinément devant lui. Ecthelion posa sa main sur son avant-bras couvert de poils dorés. L'écuyer en tourna la tête, plongea ses yeux dans ceux de son maître.

« Messire... »

« Belin... »

« Lune et Soleil ! » dit une voix féminine.

Les deux comparses regardèrent qui s'adressaient à eux : c'était la tante d'Ecthelion.

« Je ne voudrais pas vous déranger, mais je viens de demander au roi si vous pouviez avoir une chambre au palais, durant les fêtes, plutôt que de loger dans la maison de guérison. »

« Et qu'est-ce qu'il a répondu ? »

« Hé bien il a dit oui, sinon je ne t'en parlerais pas. »

« Cela tombe bien, Belin a besoin de se reposer. »

« Qu'est-ce qu'il a ? » demanda Maica, en voyant qu'il avait les yeux rouges et mouillés.

« Une allergie », dit Ecthelion.



Vers le milieu de l'après-midi, Maedhros et Fingon prirent congé eux aussi et allèrent s'enfermer dans une chambre.

Soupçonneux, Turgon les suivit. Une fois parvenu devant la porte, il s'accroupit, fourra sa main dans une poche interne de sa grande robe royale, et en sortit un cornet, qu'il posa contre le bois, pour écouter. Cependant, le timbre des voix n'était pas clairement discernable.

« Ton frère est bizarre », fut la première chose qu'il entendit, sans parvenir à en identifier le locuteur. « Tout à l'heure, j'avais l'impression qu'il m'observait. »

Puis des bruits de pas, de conversations indistinctes, qui devenaient parfois plus claires.

« Nelyo voyons, tu ne peux pas m'offrir l'Elessar de ton père. »

Il y eut un juron étouffé. Mais celui-ci ne venait pas de derrière la porte. Turgon leva les yeux : devant lui, accroupi lui aussi, et l'oreille également appuyée contre la porte, se trouvait un elfe aux cheveux châtain clair – bien que Turgon les aurait certainement qualifiés de blonds.

Celegorm...

« Toi ici ! »

« Toi aussi ? »

« Mais qu'est-ce que tu fais là ? », siffla Turgon.

« À ton avis ! »

« Tu as des soupçons, comme moi ? »

« Bien sûr. Tu crois que je suis aveugle ? » répondit Celegorm. « Cette dévotion inconditionnelle l'un pour l'autre, cette tension sexuelle à couper au couteau... »

« Je sais, je sais... »

« Cela dit, ce doit être encore plus dur à supporter pour toi », murmura Celegorm avec un petit sourire mesquin.

« Pourquoi ça ? »

« De savoir que ton frère aîné se fait... fourbir... par le mien... »

Le visage de Turgon s'empourpra.

« Mais qui... qui... qui... quiqui te dit que c'est pas mon frère qui fait l'homme ? » balbutia-t-il.

Il était piqué dans sa fierté, mais à cause de la possession du petit chien, il n'était pas très convaincu lui-même.

« Allons, on sait tous que c'est le mien. »

« Et pourquoi donc ? » répliqua Turgon d'une voix mal assurée.

« Parce que mon frère ne portait pas des robes de petite fille quand il était petit ! »

« Ni le mien. »

« C'est de notoriété publique ! »

« Et alors. Ce n'est pas scandaleux pour un petit enfant que de vouloir porter des vêtements confortables. »

« Mais je rêve ! De toute façon il suffit de les regarder. Nelyo pèse 20 kilos de plus que lui. »

« Ça c'est pas sûr, Fingon est plus épais ! »

« Vingt kilos avec une main en moins ! »

« Et qui a sauvé ton frère quand il était prisonnier comme une demoiselle en détresse ? Mon frère ! Avec ses gros pectoraux ! »

« Allons... Ton frère est une chochotte, qui porte de la dentelle sous ses tuniques ! »

« Répète ça ?!! »

« ...Qui porte de la dentelle sous ses tuniques ? »

La phrase avait en effet été répétée, mais sous la forme d'une interrogation glaciale, et pas par Turgon.

Les deux espions d'un jour levèrent la tête.

Pour reconnaître Maedhros, qui les toisait avec un regard froid, et une bouche amusée.

« Personne », répondit Celegorm.

Le haut de la tête de Fingon parut au-dessus de l'épaule de Maedhros.

« Que faisiez-vous accroupis derrière cette porte ? »

« Hé bien... nous... »

« J'en ai assez entendu », déclara Maedhros. « Tyelkormo, je t'avais prévenu. »

Il attrapa son frère cadet par l'oreille, et le tira jusqu'au fond du couloir, pour le jeter dans l'escalier.

« Je l'referai plus Nelyo ! Je serai très sage ! », entendit Turgon.

« Hors de ma vue ! Et tu seras privé de dessert, quand tu viendras à Himring ! »

Mais Fingon couvait Turgon d'un regard sévère. Le roi de Gondolin et de Nevrast se redressa.

« Je dois aller voir Idril », dit-il, très noblement.

Puis comme si de rien n'était, il tourna les talons.

Les deux aînés se trouvèrent enfin seuls, sans oreilles indiscrètes. Mais Maedhros fronçait les sourcils.

« Il y a quelque chose qui me chiffonne... »

« Oui, Idril n'est pas venue avec lui... »

« Non… Tu portes de la dentelle sous tes tuniques ? »

« Bien sûr que non ! » protesta Fingon avec véhémence.

Ils s'assirent pour terminer de boire leurs infusions, et discutèrent des dernières attaques venant d'Angband. À un moment, Maedhros reprit l'Elessar que Fingon avait posée sur la table. C'était une broche en argent sertie d'une émeraude représentant un aigle, une création de Fëanor, du temps des Deux Arbres.

« Elle possède des pouvoirs curatifs », dit Maedhros. « Tu en as plus besoin que moi. »

Il l'agrafa d'autorité sur la tunique de son cousin, mais péniblement, en s'aidant de sa prothèse.

« Nelyo... »

« Tu dois faire attention à toi Findekáno… Tu t'occupes des autres, mais tu ne fais jamais attention à toi. »

La broche accrochée, il posa sa main gauche sur la joue de Fingon. Les yeux bleus d'Astaldo se mirent à briller intensément sous ses épails sourcils noirs, ressortant sur sa peau pâle. Puis Maedhros laissa descendre le bout de ses doigts le long de la mâchoire si masculine.

« Je... » commença Maedhros.

Mais des voix provenant du couloir l'interrompirent dans sa phrase.

« Messire, vous auriez pu faire attention. »

« J'ai mal négocié mon virage. C'est Turgon aussi, il m'est rentré dedans ! »

« C'est honteux ! Vous ne devriez pas parler de votre souverain de cette manière. »

« Mais c'est Messire, ce n'est point moi. »

Fingon ouvrit la porte.

« Qu'est-il arrivé à Turgon ? »

Belin se prosterna en apercevant Fingon.

« Gentil Prince, Messire a roulé sur le pied de vostre frère. »

« Hé ! » protesta Ecthelion.

« Mais c'est la vérité », dit Maica.

« Je ne l'ai pas fait exprès, d'abord ! »

« Bon », dit Fingon. « Maica, où est Turgon ? »

« Des valets l'ont emmené se faire soigner. »

Maedhros eut une expression étrange, en avisant la femme-elfe que Fingon appelait par son prénom.

« Tu ne nous as pas présentés ? » dit-il soudain à son cousin.

« Oh... Voici Maica, la dame de la Source, que tu as sans doute vue au tournoi. Et Maica, voici Maedhros, mon cousin, souverain d'Himring. »

« Madame » dit-il en souriant, ses longs cils roux semblant s'allonger.

Il se pencha pour lui baiser la main. Fingon détourna la tête brusquement. Maica restait silencieuse, la bouche entrouverte.

« Il me semble vous avoir déjà vue il y a longtemps », reprit Maedhros.

Belin et Ecthelion, quant à eux, regardaient Maedhros comme si un héros d'épopée venait de sortir d'un livre pour venir exister dans le monde réel. Leurs yeux se posèrent sur ses cheveux, châtain foncé aux reflets cuivrés, sur ses yeux gris, pareils à ceux de son père disait-on, sur ses élégants vêtements de couleur rouge, couleur de sa maison, et sur sa main droite : une main de bois articulée.

« Le jeune Ecthelion de la Fontaine, chevalier de mon frère », présenta Fingon. « Et toujours l'accompagne dans ses aventures Belin le Brave, son écuyer humain. »

« Mes salutations » dit Maedhros. « J'ai vu un certain nombre d'humains à l'Est, mais aucun n'avait les cheveux blonds jusqu'à présent. »

Ecthelion n'osait plus parler. Lui et Belin détaillaient l'elfe roux comme s'ils essayaient de « boire » son image.

« Findekáno, je leur montre leur chambre », dit alors Maica pour rompre le silence.

« Et moi je vais aller voir comment va mon frère », dit Fingon. « Nelyo, je suis désolé. Il faut que j'y aille. »

« Oh, bien sûr… »

Le fils aîné de Fëanor regardait la tante d'Ecthelion avec un air inquiet.


Tags: maudits silmarils
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