Bouche-trou pour sociopathes (petite_dilly) wrote,
Bouche-trou pour sociopathes
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Maudits silmarils, livre II, chapitre 5, partie 5/5 : La bataille (R)

Suite et fin du chapitre, Patrocle s'élance dans la bataille… J'espère que je n'ai pas trop foiré cette scène (sans doute à améliorer avant de mettre le chapitre sur AO3...).



Cette fois-ci, Fingon ne divisa pas sa force. Il frappa d'un coup le bastion central, avec les étendards bleus de la maison de Fingolfin, et les étendards verts de la maison de Finarfin. Ils étaient si beaux, ces drapeaux ! Le son des trompettes elfiques retentit. C'était la première fois que Belin participait à une bataille. Il aperçut Fingon, majestueux dans son armure et sa cape brillante. Il crut aussi reconnaître Maica, à ses cheveux gris et ses armoiries, car elle était indiscernable d'un homme lorsqu'elle était en armure : les mailles et les plates dissimulaient sa poitrine. Un heaume à nasal effrayant lui cachait tout le haut du visage. A la tête de la charge de cavalerie, tandis que les fantassins se tenaient à l'arrière, en demi-cercle, Fingon criait – sa voix semblait couvrir le bruit des sabots des chevaux et le cliquetis des armes.

« ELDAR ! »

Le cheval d'Ecthelion sembla s'envoler au-dessus des orques qui s'étaient rassemblés en foule compacte ; il les écrasa, les annihila. Puis il cessa sa folle cavalcade, se retrouvant devant un enchevêtrement de pics de bois qu'il ne pouvait franchir. Le destrier blanc hennissait ; le bruit se faisait plus fort. Il y avait des têtes coupées sur les pics ; avec de longs cheveux, des traits déformés par la souffrance. Les yeux de certaines avaient été arrachés.

Belin descendit du cheval. Son estomac lui fit à nouveau mal.

Mais il n'eut pas le temps d'y penser, il dut tuer un orque se jetant sur lui, puis un deuxième. Il crut voir Fingon, au loin. Il avait atteint la lisière du bastion, près des murs d'Angband. Des flèches enflammées se mirent à pleuvoir.

La voix de Fingon se faisait toujours entendre. Belin tenta de se protéger des flèches à l'aide du bouclier en métal d'Ecthelion, le dos contre les poteaux de bois. Mais il eut peur qu'ils prennent feu. Alors il courut vers Fingon, guidé par sa voix. Il vit soudain Maica, sur une butte, debout sous la pluie de flèches. Elle avait sorti une gourde de sa ceinture, et buvait tranquillement. « Elle est folle... », pensa Belin. Les chevaux hennissaient. L'un d'entre eux de souffrance : ils n'avaient plus de jarrets. L'humain se crispa ; son souffle se fit rapide. Il tua encore un autre orque, plus grand et moins hideux – on aurait presque dit un elfe des bois. Un soldat noldo perdit la vie juste devant lui, le cou transpercé par une sorte de perche. Plein de colère, Belin se jeta sur l'orque qui l'avait tué, et lui fendit le thorax. Là il tomba nez à nez avec l'elfe borgne, avec qui il jouait au camp de temps à autre.

« Qu'est-ce que tu fiches là ? », lui dit ce dernier, regardant l'armure qu'il avait usurpée.

Belin n'eut pas le temps de répondre ; l'elfe arrêta la masse d'un troll pour lui. « Déguerpis, abruti ! » s'exclama-t-il.

Il courut, toujours vers Fingon. Maica était en difficulté maintenant. Son épée s'était enfoncée dans le dos d'un orque énorme, et elle n'arrivait plus à l'en sortir. Le seigneur du Petit Pont, avisant la situation, lui jeta une lance. Elle l'attrapa et put repousser les orques qui la submergeaient. Belin, désireux de la défendre, se jeta dans la mêlée.

« Okreroi ! » cria un orque.

L'humain tourna la tête. Porté sur un bouclier, un chat dressé sur ses deux pattes, vêtu d'une cape et de gants blancs, lançait des fioles aux orques et trolls qui se trouvaient sur son chemin.

« Okreroi ! Okreroi ! » criaient les orques.

Impossible ! On dirait mon ancien chat, mais d'une autre couleur, pensa Belin.

« C'est quoi ce greffier de merde ?! » s'exclama Maica.

Elle jeta sa lance dans sa direction, mais le rata. Belin essaya de sortir son épée de l'orque mort. Il réussit et lui donna.

« Qu'est-ce que tu fais là ? » dit-elle à son tour. « Déguerpis, imbécile ! »

Il courut encore vers Fingon. Cela faisait une heure que la bataille avait commencé. Les tambours s'étaient mis à retentir, mais il ne savait pas à quel camp ils appartenaient, et pourquoi ils s'étaient mis à battre rythmiquement. Il tua un autre orque, très fort, mais reçut une entaille à la jambe. Ses bras devenaient faibles, à force d'efforts. Il se rendit compte qu'il n'avait pris aucun cordial, pas même de l'eau. Il avait soif.

« ATTENTION ! »

Il bondit sur le côté, évitant un projectile enflammé de justesse. Mais il s'était retrouvé du même coup sur un cadavre d'elfe, dont le ventre était ouvert. Des tuyaux roses semblaient sortir de sous sa peau. Les yeux de Belin s'écarquillèrent. Un bourdonnement se superposa au son des tambours, au cliquetis des armes, au hennissement des chevaux, aux cris des guerriers, aux cris des blessés, aux cris des mourants. Ce bourdonnement était uniquement dans son esprit.

« B-b-b... » balbutia.

Qu'Elbereth vous vienne en aide.

Il allait vomir. La voix de Fingon.

Messire, je ne peux pas vous quitter...

La voix de Fingon, il fallait aller vers elle...

Il avait soif, sa cuisse le brûlait, et ses bras étaient las. Des soldats de Fingon mettaient le feu à leurs anciennes constructions.

« Tuez-les tous ! » disait une voix d'elfe.

Les orques de ce côté étaient effectivement plus grands et forts, pour la plupart, que ceux qu'il était habitué à affronter.

Qu'Elbereth vous vienne en aide.

Belin le Brave !


Fingon s'était à nouveau éloigné.

« Je dois le rejoindre », pensait Belin, car il ne savait pas où il allait. Il était poisseux, et il avait soif. Sa tête lui tournait. Il fallait éviter les flèches. Les cris de souffrance. Non !

« Aide-moi ! Aide-moi ! » criait un jeune elfe.

Il s'accrocha à lui, ensanglanté ; un orque survint derrière lui et le tua. Belin évita son deuxième coup de justesse ; il contra son sabre avec le bouclier d'Ecthelion. L'humain eut de la chance : tous les elfes n'étaient pas aussi inexpérimentés. Celui qui venait de bondir pour assaillir l'orque qui venait de l'attaquer était extrêmement rapide ; il taillait dans la chair comme un cygne ébrouant ses ailes ; il guerroyait comme un danseur. Belin comprit que même s'il s'entraînait pendant trente ans, il n'arriverait jamais à ce niveau d'expertise – ce combattant-là, comme de nombreux autres, avait des siècles d'expérience. Alors l'humain en profita pour fuir – toujours vers Fingon.

Hourra pour Belin le Brave !

Certains elfes portaient des cottes de mailles à capuche, mais pas tous. Le sang rouge éclatant, jailli de leur cou, parfois éclaboussait l'argent des armures. Le noble seigneur des Hauts Pins en était maintenant couvert. Il s'agenouilla au milieu de la bataille, et se mit à prier.

« Tuez-les tous ! » cria à nouveau une voix d'elfe.

Belin la reconnut. C'était la voix de Fingon.

Le bourdonnement cessa ; Belin sentit tout son corps se crisper, jusqu'au bout des doigts…

Mère ! Mère ! Père ! Aidez- moi !

Fingon sauta à bas de son cheval, aussi facilement qu'un acrobate. L'elfe qu'il avait vu combattre comme un danseur, à côté de lui, n'était qu'un pingouin maladroit : le fils de Fingolfin avait tué trois orques rien qu'en s'abattant sur le sol ; et il était impossible de savoir comment il l'avait fait. Son épée brillait comme un diamant, mais était plus insaisissable que le vent. Ses tresses noires couvertes d'or se balançaient sans le gêner le moins du monde. Et pourtant il était gravement blessé. Lui, c'est un véritable héros, réalisa Belin. Jamais il n'avait vu plus habile combattant que ce prince des Noldor. Il était le plus puissant, le plus agile, le plus rapide, le plus endurant. En l'espace d'une demi-seconde, il avait saisi un chef orque brusquement par l'arrière, et l'avait égorgé. Puis sortant une deuxième épée d'un deuxième fourreau, il se mit à tuer à la fois de la main droite et de la main gauche. Les orques, dont les cadavres s'amoncelaient autour de lui, se mirent à fuir. Le beau visage du vaillant prince était maintenant maculé de sang noir. Ses yeux flamboyaient.

Pourquoi ?

« Pourquoi ? Je vais te l'montrer, elfe poilu », dit soudain une voix derrière lui.

La lame était sous sa gorge. Belin ne le voulait pas, le refusait, mais il vit ses mains et ses bras se mettre à trembler frénétiquement, alors qu'il était entouré de corps morts ou de morceaux de corps. Son épée lui tomba des mains.

Mère ! Maman ! Maman ! criait son esprit, s'élançant vers la douceur lointaine et perdue.

Puis il vit la tête de l'orque derrière lui voler devant lui ; ce monstre avait voulu le couper en morceaux, et voilà qu'il était lui-même coupé en morceaux.

Belin tomba à genoux, toujours tremblant, se couvrant les yeux. Je veux rentrer à Gondolin, je veux rentrer à Gondolin… Il y eut encore de nouveaux cris. « Feu cruel », entendit-il en sindarin, avec horreur. Etait-ce les flammes et l'ombre qui venaient de surgir hors de la forteresse de Morgoth ? Venaient-elles vers lui ? Cette nouvelle terreur acheva de briser son esprit. Il se recroquevilla encore davantage, les mains sur les oreilles.

Soudain, sa nuque explosa.

La dernière chose qu'il entendit furent les trompettes du Dorthonion.


Tags: maudits silmarils
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