Bouche-trou pour sociopathes (petite_dilly) wrote,
Bouche-trou pour sociopathes
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Maudits silmarils, livre II, chapitre 5, partie 3/5 : Belin le Brave (Belin/Ecthelion, Fingon, R)

Suite de la partie 2.



Il sortit et monta sur le cheval d'Ecthelion, avança au trot jusqu'à l'entrée du camp.

« Qu'est-ce que vous faites dans cet accoutrement ? », demanda l'un des gardes, un Sinda. « Personne ne sort. »

« J'ai un laisser-passer, signé par l'prince Fingon », déclara l'humain.

Il lui tendit le papier.

« D'accord. Les éclaireurs disent que c'est calme sur cinq lieues. C'est après que ça risque de se compliquer. Qu'Elbereth vous vienne en aide. »

Belin le remercia et hocha la tête. Il sortit du camp puis demanda au cheval de lui montrer où était Ecthelion. Il se mit à galoper ; l'humain comprit qu'il le dirigeait vers le bastion central. Qu'Elbereth vous vienne en aide.

Au bout d'une heure de chevauchée, les premiers cadavres apparurent. Des elfes percés de flèches, quelques orques, des chevaux. Il y avait une fumée au loin, plusieurs lueurs rougeoyantes. Belin s'arrêta. « C'est impossible… Je ne peux pas l'attaquer tout seul. »

Le cheval hennit.

« Qu'est-ce que nous allons faire ? » murmura Belin.

Il descendit du cheval, regarda autour de lui, prit un casque d'orque et se le mit sur la tête. Mais le cheval le tirait vers l'Est. Il le suivit, marchant pendant encore une demi-heure.

Une grosse partie de la bataille devait avoir eu lieu là. Les cadavres et fragments d'armements étaient nombreux. Soudain Belin eut un tressaillement. Il crut reconnaître la tête coupée d'un elfe à qui il avait appris à jouer aux osselets. Mais ça ne pouvait pas être lui… Il poursuivit son chemin. Des voix se faisaient entendre, des voix d'orques. Elles étaient en petit nombre, cependant. Deux ou trois, pas plus. Il laissa là le cheval, s'avança un peu, crut discerner une charrette, à une centaine de mètres. Là-bas, près du tombereau, deux orques avaient allumé un feu de camp. La charrette était remplie : de corps, de butin.

Belin s'approcha encore, sans tirer ses armes, de peur d'être confondu... Il se cacha derrière la charrette, et observa.

Debout devant le feu de camp, un cuissot de viande à la main, les deux orques discutaient, semblait-il autour d'un corps inerte. Il est difficile de traduire l'infâme langage orque en langue commune, mais si nous nous y essayons, cela ressemblerait à ceci :

« Comment on se l'partage ? » dit le premier orque. « On le coupe en deux ? »

« Prends l'épée et l'armure… » répondit l'autre. « Je vais garder ce joli elfe pour moi. »

« Mais qu'est-ce que tu vas en faire ? Tu vas lui prendre ses dents ? Je connais un gars, au troisième sous-sol, qui les collectionne. »

« Non, je vais le garder tel quel, il est vraiment trop joli. »

« JE NE SUIS PAS JOLI ! »

Cette phrase avait été prononcée en elfique sindarin, et d'une voix familière.

« Messire Ecthelion est vivant ! » réalisa Belin.

« Je le croyais évanoui », dit l'un des orques.

« Il n'est pas joli de toute façon, tu as vu ce visage tout lisse, ce nez droit ? Et tous ces cheveux… Beurk ! »

« C'est mon goût, tu n'as pas le droit de le juger », répondit l'autre orque d'une voix vexée.

« Je ne voulais pas te blesser... »

« Je suis heurté par ce que tu viens de me dire. »

Pendant que les deux orques tenaient ce dialogue que Belin, malgré son incompréhension du noir parler, comprit être tout à fait sinistre, il s'était avancé juste derrière eux.

Il assomma l'orque à sa droite d'un coup du plat de l'épée sur la nuque, et au moment où l'autre tourna la tête, lui trancha la gorge.

C'est là qu'il vit Ecthelion, étendu sur le sol, et saucissonné à l'aide de cordes.

« Que... » balbutia-t-il, l'air apeuré.

« Messire, c'est moi, Belin ! »

Le visage d'Ecthelion changea complètement, s'éclaira.

« Belin... »

« Chut ! »

L'humain coupa les cordes.

« J'ai très mal aux jambes », murmura Ecthelion.

Belin les regarda, et se rendit compte qu'elles étaient couvertes de sang. L'elfe se redressa, s'appuyant sur ses coudes, mais il ne parvint pas à se mettre debout.

« J'vais vous porter Messire. »

Il prit le casque de l'un des deux orques et lui en couvrit la tête, badigeonna son visage de terre.

« L'épée... » murmura Ecthelion. Mais il vit que les orques n'avaient pas eu le temps de s'approprier Orcrist.

« Il faut partir discrètement », chuchota Belin.

Il mit Ecthelion sur son dos, et rampa sur le côté, derrière la charrette. Puis il regarda autour de lui. Tout semblait calme. Alors il se leva et marcha jusqu'au cheval, dont l'oeil brilla quand il avisa son maître. Belin installa Ecthelion sur la selle, puis monta derrière lui.

Le blanc destrier galopait maintenant à travers la plaine ; Belin tenait les rênes de la main droite, et son ami du bras gauche.

« Pourquoi vous êtes venu me chercher ? », demanda Ecthelion d'une voix faible.

« Parce que je ne peux point vous quitter, Messire », répondit Belin, en le serrant plus fort de son bras gauche.

Ecthelion tourna la tête vers lui.

Son regard était indescriptible.

« Je préférerais mourir que d'vivre sans vous », ajouta Belin.

« Moi aussi... », murmura l'elfe.

Mais ses yeux se fermaient, sa tête pencha vers l'avant.

« Non ! », s'exclama Belin.

Il intima au cheval de galoper à son maximum, ôta leurs casques d'orques, qu'il jeta. Bientôt les murs de bois du camp de l'armée de Fingolfin apparurent, ornées de leurs bannières étoilées. Les gardes n'en crurent pas leurs yeux. Certains aidèrent Belin à transporter Ecthelion jusqu'à la tente des guérisseurs.

Ils couchèrent l'elfe sur un lit et pendant qu'ils l'examinaient, Belin vit le prince Fingon debout, s'avancer péniblement, les yeux brillants.

« Vous avez réussi... » dit-il.

Il y avait quelques heures de cela, Belin était venu le voir, pour lui demander l'autorisation de sortir du camp : « J'veux faire comme vous, quand vous êtes allé chercher Maedhros », avait-il dit. « Vous n'lavez pas laissé seul. Je ne peux point supporter que Messire se fasse torturer. »

Il posa sa main droite sur l'épaule de l'humain.

« Belin le Brave », dit-il.

Mais Belin pleurait, car les guérisseuses faisaient la grimace. La plupart étaient des Sindar. Il y avait une très ancienne tradition de médecine de guerre chez ce peuple.

« Il faut qu'vous le sauviez », murmura-t-il.

« Il a les jambes cassées », dit l'une des soignantes. « Et plusieurs blessures, aux bras, aux côtes et à la tête. »

« Je l'ai vu tomber de son cheval », expliqua Fingon. « Percé de flèches, sans doute. »

« Les orques ont arraché les flèches. Il a également les blessures de la chute. Puis il a dû se faire piétiner. »

Belin fondit en larmes.

Quelques minutes plus tard, Maica arrivait.

« Il survivra », déclara-t-elle. « Et il en sortira plus fort. »

Puis elle se tourna vers Belin.

« Merci. Vous avez été très courageux. »

« On dirait que les orques ont versé de leur alcool détestable sur ses plaies… Un moindre mal que les laisser sans nul traitement», dit alors une guérisseuse. « Mais nous allons tout de même devoir les cautériser, dans un premier temps. Puis opérer les jambes, dans les jours qui suivent. »

« C'est une bonne chose », dit Maica à Belin. « ça veut dire qu'elles ne vont pas être obligées de les couper. »

Fingon la regarda.

« Tu n'as pas l'air en forme, toi non plus », dit-elle.

« Si nous ne sommes pas attaqués d'ici l'aube, je pourrai m'estimer heureux », se contenta-t-il de répondre.

Les guérisseuses firent bientôt sortirent les visiteurs. Belin ne parvint pas à s'endormir. Quand il revint, une heure plus tard, Ecthelion était couché dans un autre lit, l'air paisible, ses longs cils noirs rabattus à l'intérieur de son profil parfait. Belin s'agenouilla devant le lit de camp, et toucha les cheveux sombres qui encadraient son visage beau mais maladif. Le pendentif représentant Telperion luisait sur sa poitrine maintenant couverte d'une tunique blanche. Belin prit sa main droite dans la sienne : c'était une grande main, mais anguleuse de forme, avec encore un peu de chair enfantine. Elle était si pâle qu'on voyait les veines vertes sous la peau. L'humain y déposa un baiser.

« Lui aussi l'aime comme la lune aime le soleil... », glissa Maica à Fingon, avec un sourire amusé.

Mais Fingon avait l'air triste.



Tags: maudits silmarils
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