Bouche-trou pour sociopathes (petite_dilly) wrote,
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Maudits silmarils, livre II : Deux frères (Miaulë, Sauron, R, béta)

Suite directe du Sbire...

Toute cette histoire de Chat Botté était partie du fait que Belin est inspiré du héros de ce conte, et que dans la première version de Beren et Luthien, Sauron est un gros chat...
Le titre "Deux frères" est un clin d'oeil au film de 2004 mettant en scène deux tigres.

Mairon = Sauron
Melkor = Morgoth


Tout le jour, et toute la nuit,

Pour le Maître de la Nuit

Nous préparons des potions,

Des liqueurs, et des poisons !

Les chats-mages s'activaient toujours autour de leur chaudron, chantant. L'un d'entre eux, celui qui portait des gants blancs, courut jusqu'à Miaulë et lui tendit un morceau de parchemin.

« Voici la recette, pour la nouvelle potion que tu dois fabriquer. »

« A quoi sert-elle ? », s'enquit le Chat en parcourant des yeux le nom des ingrédients.

« C'est la nouvelle potion de grande bienfaisance. »

« C'est-à-dire ? »

« Nombre d'elfes mettent un terme à leur contrat sans préavis. Par exemple en se jetant du haut d'une corniche, ou en se laissant mourir de faim. Cette bienfaisante potion les en empêche. »

Miaulë fronça les sourcils.

« Mais n'est-ce pas un peu… cruel ? »

« Cruel ?! », s'exclama le chat aux gants blancs, pointant du doigt la lettre M cousue sur sa cape. « Tu oublies qui nous a sortis du ruisseau et de la gouttière. Sans le Maître, nous serions encore à nous nourrir de rats dans le Forochel ! »

« D'accord, d'accord », répondit Miaulë en reprenant son travail.

Quelques jours plus tard, un orque un peu moins laid que les autres vint le voir à son tour : « Vous êtes convoqué par le Patron, pour votre entretien annuel. Il vous attend dans son bureau. »

« Mais, je sers ici depuis plusieurs années, et je n'ai jamais eu d'entretien annuel. »

« Ça, ça n'est pas mon problème. »

Miaulë eut un mauvais pressentiment. Mais il se mit en route, car il n'avait pas le choix. Il lui fallut d'abord sortir de l'antre des Chats-Sorciers, passer la guilde des Loup-Garous. Au carrefour des tunnels, il s'arrêta, hésitant. L'un des écriteaux, pointant à droite indiquait cette direction : Coordination des ressources elfiques. L'autre, celui qui désignait le tunnel de gauche, annonçait : Bureau de la bienveillance. « Je ne sais plus c'est lequel… Non, je crois que c'est vers la gauche... » Il descendit le tunnel de gauche en trottinant, puis arriva devant une porte gigantesque, que surmontait l'inscription attendue : Bureau de la bienveillance.

Les portes s'ouvrirent en grand : la salle était vaste, le plafond haut, soutenu par des colonnes ornées de symboles inconnus. Des rigoles de lave s'écoulaient des murs, pour aboutir dans de grandes cuves. Miaulë entra, les oreilles baissées, l'air inquiet. Les portes se refermèrent derrière lui.

« Enfin, te voici », fit une voix grave et suave.

Tout au fond de la salle souterraine, un grand siège de pierre avait été sculpté... et sur ce siège était étendu un énorme chat noir, aux yeux rouges et dorés.

Tevildo, le chat de Melkor.

« Sei-Seigneur ! » bégaya le Chat en s'inclinant.

« Tu vois… Je n'oublie pas. Je n'oublie pas que nous sommes une famille. Mais toi, tu sembles l'avoir oublié. »

« Non votre Admirabilité, je ne l'oublie pas ! »

« Oh que si… Mais peut-être que si je prends… cette autre forme... »

La fourrure noire du félin gigantesque se déforma, son museau s'allongea ; ses oreilles grandirent, son bassin bascula vers l'arrière, ses pattes ployèrent vers l'avant.

Le félin était devenu un loup géant, qui descendit de son trône et s'approcha lentement du chat-sorcier, minuscule et dérisoire dans sa houppelande à collerette... Et il plongea ses yeux jaunes dans les siens – il y avait dans ce regard une implacabilité et une violence bestiale, la négation de toute vie qui n'était pas soi.

Miaulë se mit à trembler de tout son être.

« Pitié, pitié, seigneur Mairon... »

« Bien. »

La voix était devenue douce. Le Chat releva la tête : le loup géant avait disparu. Il ne restait plus que l'elfe beau aux longs cheveux blancs.

Miaulë tomba à genoux.

« Je m'excuse… Ce que j'ai dit sur la potion... »

« Non, ce n'est pas cela. Je t'avais demandé d'être disruptif, mais ne l'as-tu pas trop été ? »

« Je… Je ne comprends pas. »

Mairon alla chercher quelque chose derrière sa forge personnelle : c'était une petite boîte. Le Chat non encore Botté sentit son estomac se comprimer. La boîte était remplie de chiffons. Le Maïa y plongea sa longue main parfaite, et en sortit… une boule de poils. Un chaton blanc légèrement tigré, aux yeux bleus en amande.

« Mon frère ! » s'exclama Miaulë.

« Ton frère ? Ne sommes-nous pas tous une famille ? Comment oses-tu appeler quelqu'un ton frère, et lui consacrer une partie de ton temps, perdue pour le seigneur Melkor et notre grand Projet ! »

« Il peut devenir un Chat-Mage, votre Mi-Miséricorde ! Je lui apprendrai ! Il vous servira, comme je vous sers ! »

Sauron approcha le chaton de son visage ; il sourit et ses yeux d'or scintillèrent, comme ceux d'Elbereth quand elle regardait les Premiers-Nés. Le chaton, pataud, réagit en levant la tête, l'air confiant et aimé.

« Oui, je dois reconnaître qu'il est... comment dit-on, déjà ? Mignon ! »

Mairon aimait les mots commençant par un M. Il fallait croire que les obsessions linguistiques étaient une marque de haute Méchanceté… ça, et la conjonctivite.

Il s'approcha d'une des cuves remplies de lave, le chaton mignon toujours dans une main.

« Ta Motivation n'est pas à la hauteur des défis qui t'attendent, Miaulë... »

« Maître ! », glapit le Chat. « Ne lui faites pas de mal, je vous en prie ! »

« Cela ne dépend que de toi... », répondit Mairon en élevant le chaton au-dessus de la cuve de lave.

L'animal s'était mis à remuer légèrement, gêné par la chaleur. Toute la peau de Miaulë se hérissa.

« Je ferai tout ce que vous voudrez ! », s'exclama-t-il, éperdu, les yeux écarquillés. « Ou tuez-moi ! Tuez-moi ! »

Les yeux de Mairon se mirent à nouveau à scintiller.

« D'accord. »

Le Chat eut un soupir de soulagement.

Alors le scintillement dans les yeux du Maïa s'éteignit. Une lueur vint de l'intérieur, brutale, la même qui occupait ses yeux lorsqu'il était sous forme de loup.

« Oh et puis non, j'ai changé d'avis. »

Il laissa tomber le chaton dans la lave.

Miaulë ne bougeait plus. Il n'avait entendu qu'un petit bruit aigu, qui n'avait duré qu'une demi-seconde ; ce bruit restera dans son esprit jusqu'à la fin de sa vie.

« Voilà ce qui arrive quand on désobéit au grand Melkor, seigneur d'Arda », glosa Sauron.

Le Chat tomba à genoux, l'air sidéré ; puis il s'écroula sur le sol, et se mit à pousser de longs sanglots.

« Mon frère… Mon frère... », pleurait-il.

« Pourquoi pleures-tu ? », s'indigna Mairon en venant jusqu'à lui, surplombant la petite figure tordue de désespoir. « Combien de souris, de lièvres, de furets, et autres ridicules petits animaux as-tu tué toi-même ? Tu ne les pleures pas, ceux-là… Combien de morts à cause des Valar de Manwë, qui laissent Endor livrée à elle-même, non administrée ? Et toi tu pleures pour un seul chaton ? Tu n'es qu'un égoïste. »

Ces arguments ne semblaient pas toucher le Chat, toujours pleurant et parcouru de convulsions.

« Mon frère... »


* * *


Oui, Angband était le lieu le plus terrible qui existe sur Terre...

A ce souvenir, les yeux du Chat Botté s'étaient emplis de larmes. Idril le vit mordre un bout de drap, et appuyer rythmiquement ses pattes sur un coussin.

« Je suis malheureux », pensa-t-il en pleurant et en têtant le drap, « je suis très malheureux... »


* * *


Au même moment, sous le Thangorodrim, une grande effervescence régnait, après les dernières attaques menées sur Ard-Galen. Gothmog était plein d'énergie, ses flammes tournoyaient autour de sa silhouette d'ombres.

« Orques, avec moi ! », s'exclama le chef des Balrogs, brandissant son fouet. « Allons détruire le monde ! »

« T-t-t-t... », fit Sauron, le coupant dans son élan.

« Quoi ? »

« On ne dit pas détruire le monde », dit l'autre Maïa en joignant ses belles mains. « Nous ne voulons pas détruire le monde. »

« Mais que voulons-nous faire, dans ce cas ? »

« Nous avons un projet pour le monde. »

« Mais n'allons-nous pas tuer des elfes, en grand nombre ? Et les prisonniers, les prendre comme esclaves ? »

« Nous n'en faisons pas des esclaves : nous en faisons des collaborateurs, dans notre projet pour le monde. Et nous ne les tuons pas, nous les amenons à se reconvertir. »

« Et… Hum, d'accord. »

Gothmog sembla réfléchir. Cette invention de Mairon, ce que Melkor appelait "éléments de langage", l'avait toujours laissé perplexe.

« Mais si j'écrase un elfe avec ma masse... ? »

« Tu as réduit son indice corporel. »



Tags: maudits silmarils
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