Bouche-trou pour sociopathes (petite_dilly) wrote,
Bouche-trou pour sociopathes
petite_dilly

Maudits silmarils, livre II : L'avertissement (Fingolfin, Fingon, OC, PG)

- Ira dans le chapitre 45 (du coup terminé ! c'est ça d'écrire dans le désordre... mais la grille se remplit vite en ce moment)
- Se déroule juste avant la Correspondance, plusieurs mois avant les fiançailles de Fingon, et quelques années après « Un bon parti ». Je ne sais pas si je laisserai la lettre complète à la fin, j'aimais bien le fait de n'avoir que des bribes et puis comme ça Fingolfin passe davantage pour une enflure...




La dame de la Source avait d'abord demandé audience au roi, mais il n'y avait qu'Irimë dans la salle du trône, car elle s'occupait de traiter les affaires courantes en l'absence de son frère. On fit alors savoir à Maica que Fingolfin se trouvait dans son bureau, qui était aussi sa bibliothèque personnelle. L'un des gardes la mena jusqu'à la partie du donjon où se trouvaient ces appartements. Ils étaient maintenus dans l'obscurité, pour que la lumière d'Anar n'endommage pas les documents, dont certains avaient été transportés ici depuis Valinor. On y brûlait des herbes odorantes régulièrement, afin d'y dispenser un parfum apaisant pour l'esprit. Ses yeux s'habituant à la pénombre, Maica finit par apercevoir le roi au fond de la pièce, sous un dais, assis derrière un large pupitre bas, encadré de colonnades. Il ne portait pas ses habits de cérémonie, ni même sa couronne : de simples vêtements fonctionnels, sans robe, que venait recouvrir en partie un grand manteau d'intérieur bleu foncé. Ses cheveux bruns n'arboraient aucun ornement ou tressage. Ils ondulaient par-dessus ses épaules et dans son dos, jusqu'à la taille.

« Madame », dit-il alors, en stoppant le geste du grand pinceau enduit d'encre qu'il tenait dans la main droite.

La femme-elfe s'était approchée. Voyant qu'assis, le roi était plus bas qu'elle, elle s'empressa de s'agenouiller.

« On m'a dit que vous aviez demandé une audience ? » poursuivit Fingolfin. « Un sujet que ma sœur ne pouvait traiter à ma place ? »

« Oui Majesté », répondit-elle en gardant les yeux rivés au sol – un sol couvert de tapis précieux.

« Cela fait longtemps que vous ne vous êtes pas montrée à la cour. Y rencontreriez-vous des ennuis ? »

« Aucun ennui Majesté. Je me trouvais gardant la Marche du Nord-Ouest, comme votre Majesté m'en avait donné l'ordre. »

« Je ne décide pas de tout personnellement ici, Dieu merci. »

Elle finit par lever la tête, et son regard se posa involontairement sur les nombreuses étagères qui tapissaient la rotonde ; leur casiers étaient remplis de tubes et de codex.

« Une invention de mon frère aîné », commenta Fingolfin. « L'écriture… Quand il était adolescent. Sans doute, ça n'était pas grand-chose pour lui. Je l'ai tout de suite adoptée. »

L'elfe n'avait pourtant pas les bras d'un scribe passant toute sa journée à l'étude. Ils semblaient forts et puissants. Ses mains étaient couvertes de bagues, néanmoins.

« Il y a des rumeurs qui courent sur vous, Maica », ajouta le roi, et sa voix perdit la nostalgie dont elle s'était colorée. « On dit que vous êtes cruelle à la guerre, que vous n'avez aucune morale. Et pourtant je n'ai jamais vu personne de plus obéissant que vous. »

« Majesté, c'est parce que je sais que les ordres n'ont pas de fondement, qu'il faut les suivre absolument. »

Le fils de Finwë écarquilla les yeux.

« Ils ne sont ni bons ni mauvais », précisa-t-elle. « Ils ont pour but de nous faire survivre. En outre, un ordre n'est plus un ordre s'il peut ne pas être suivi. Or nous ne pouvons survivre seuls, sans le secours des nôtres. »

Une lumière s'alluma dans les yeux du roi.

« Pourquoi pensez-vous qu'il n'existe ni bien ni mal ? »

« Si ce n'était pas le cas, Dieu ne nous aurait pas créés tels que nous sommes, nous obligeant à mettre à mort d'autres êtres vivants pour vivre. Tous les êtres sur terre sont des tueurs. »

Fingolfin ouvrit la bouche. Mais il resta silencieux quelques instants.

« Il s'agit peut-être d'une corruption de sa création. Mon frère disait que c'était le fait des Valar… De leur jalousie. Ils nous auraient fait tels pour nous dégrader, afin que nous demeurions inférieurs à eux, en dépit de toute notre intelligence et notre volonté. Cependant, certains sages considèrent qu'il s'agissait d'une idée propagée par Melkor, après sa libération. »

Certains sages… Le regard de Maica tomba sur la lettre que Fingolfin était manifestement en train d'écrire, avant qu'elle n'entre. Elle ne discerna que le début du nom du destinataire, le reste étant caché : « Pende... ». Pendelot, à Vinyamar ? Peut-être... Ou bien Findarato, à Tol-Sirion. Mais grands sages qu'ils étaient, ou se prétendaient, ils se trompaient tous. Ils n'avaient pas compris. Quelle illusion...

« La guerre vous a affectée », conclut Fingolfin. « Mais nous n'avons pas encore abordé le sujet qui vous amène ici. »

« Je dois vous avouer, Sire, que c'est un sujet quelque peu déplacé. Mais je sais que vous accordez de l'importance… Que vous dites aimer que vos sujets soient les plus sincères possibles avec vous. »

« C'est le cas. Je vous écoute. »

« C'est à propos de votre fils, le prince Fingon. »

Fingolfin changea son pinceau de place.

« Vous l'aimez beaucoup, n'est-ce pas ? »

« Oui. Et je pense que ces fiançailles avec la dame Meril sont une erreur. »

« Pour quelle raison ? »

« Il est cruel de forcer quelqu'un à vivre avec une personne qu'il méprise, jusqu'à la fin de ses jours. »

« Et c'est pour cela que vous ne vous êtes pas mariée, n'est-ce pas ? Pour ne pas vivre avec quelqu'un que vous méprisez jusqu'à la fin de vos jours ? »

Le ton était si neutre qu'il était difficile de savoir s'il était sarcastique.

« Inutile de me répondre. C'est évident. »

Maica faillit bégayer quelque chose ; mais elle se reprit : « A Cuivienen, jadis, nos ancêtres suivaient les inclinations de leur coeur, sans considération autre… Comme on ne saurait priver quelqu'un du désir de boire ou de s'alimenter, il est contraire à la nature de forcer quelqu'un à nier ses sentiments et ses désirs. »

Fingolfin détourna les yeux.

« J'avais cru comprendre que vous connaissiez la valeur du sacrifice, pourtant... Findekano, mon fils aîné, n'est pas un simple citoyen, c'est l'héritier du trône. »

« Je le sais. Cependant, quel que soit notre rang… Au fond de nous, en dépit de toute cette civilisation que nous avons édifiée, avec l'aide des Valar et des Maïar, nous sommes toujours les elfes de Cuivienen. Vous ne devez pas priver votre fils de cette liberté. En avez-vous même le pouvoir ? »

A ce moment-là, le roi plongea son regard dans le sien ; les mains de la vassale se crispèrent imperceptiblement sur ses genoux. Mais c'était si imperceptible, que personne ne pouvait le voir.

« Merci d'avoir exprimé votre opinion », dit brutalement Fingolfin. « Vous pouvez prendre congé. »

Il lui fit signe de partir. Elle se releva.

« Je m'excuse de vous avoir dérangé, Sire », dit-elle, avant de se diriger vers la sortie.

« Maica », dit encore Fingolfin, alors qu'elle se trouvait devant la porte, lui tournant le dos, cheveux gris sur cape grise.

« Oui Majesté ? »

D'où elle se trouvait, le roi n'était plus visible, dans l'ombre du dais et des colonnades.

« Gardez-vous toujours l'oiseau ? »

Elle eut l'air surprise, puis hocha la tête. La porte se ferma. Fingolfin resta pensif de longues minutes, puis il reprit son pinceau, et dégagea la lettre qu'il avait commencée :

Pendelot,

Cela fait plusieurs siècles maintenant que mon esprit est troublé au sujet de mon fils aîné. Je vous en ai déjà parlé par le passé. Si il avait eté une femme, si seulement il avait été une femme ! Ce qui le pousse vers Nelyafinwë, sans qu'il semble même s'en rendre compte, cela peut-il être défait ? C'est ce que j'ai cru à certains moments, puis les événements suivants montraient que j'étais dans l'erreur. Mais la stabilité des institutions requière qu'il prenne une épouse et produise un héritier. Je cherche votre conseil en une matière délicate. Il me faut prendre la meilleure décision, par amour pour lui, mais aussi par amour pour mon peuple.


Fingolfin compléta sa missive.

Il y a une jeune femme avec laquelle il s'entend bien, elle se prénomme Meril. Elle est de bonne famille : son père est le seigneur de l'Epervier, dont vous vous souvenez sans doute. Cependant, je viens de recevoir un avis contradictoire en ce qui la concerne :

Il s'arrêta, comme pour réfléchir.

Un soldat proche de Fingon vient de me dire qu'il la méprisait, ce que je n'ai pourtant jamais entendu de la bouche de mon fils. Je suppose que c'est en raison de leurs styles de vie opposées, mais cela vient attiser le doute en moi, à nouveau. Mon expérience m'a démontré que vous saviez prendre les meilleurs décisions dans les sujets épineux. J'aimerais entendre votre pensée à ce sujet.

Faites en sorte de détruire ce message le plus rapidement possible, bien entendu.

Votre Roi,

Nolofinwë.
Tags: maudits silmarils
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