Bouche-trou pour sociopathes (petite_dilly) wrote,
Bouche-trou pour sociopathes
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Maudits Silmarils, livre III : L'attirance (Fingon/Meril, OC, PG)

Suite du Devoir conjugal...



Fingon s'était rendu dans le manoir de la famille de la Fontaine, en Mithrim, où vivait Maica, l'un de ses lieutenants, actuellement en permission.

« Cela fait quelques temps que nous ne nous sommes pas vus », constata-t-elle. « Depuis ton mariage. »

« Justement », répondit le prince. « C'est à ce sujet que je suis venu te voir. »

Les deux combattants prenaient un verre dans le salon personnel de la femme-elfe. Fingon avait les traits tirés. Il portait des vêtements démodés.

« Ça ne se passe pas très bien », avoua-t-il.

« Je dois avouer que ça ne m'étonne pas du tout. »

« Elle est tout à fait aimable, et aussi très élégante, mais… »

« Mais ? »

Le fils du roi se leva, et fit quelques pas dans la pièce, dont le sol était couvert de peaux d'animaux indéterminés.

« Je croyais que nous avions quelques points en communs… Et cela est vrai. Mais ce n'est pas grand-chose. Globalement, on ne se comprend pas. Tu te rends compte, elle ne sait même pas monter à cheval... »

Maica eut un petit rire.

« Tu peux peut-être lui apprendre », dit-elle tout de même.

« C'est vrai. »

Il s'approcha de la fenêtre. Des flocons tombaient depuis maintenant une heure ; la région était froide.

« Nous devrions aller chasser tous les deux », déclara soudain la femme-elfe. « Cela te changerait les idées. J'ai fait construire un pavillon dans les montagnes, spécialement pour cela. Findekano ? »

Il lui tournait toujours le dos ; ses mains étaient posées sur le venteau de la fenêtre, à présent.

« Il y a autre chose… C'est pour cela que je suis venu te voir. Comme tu es une femme... »

La dite femme haussa les sourcils, puis lâcha, d'un air sarcastique : « Oh, c'est un sujet matière à débat chez certains. »

« Sa famille… Enfin, son père est très bien, mais les autres… Le roi mon père a de nombreux indics, c'est tout un système. »

« Oui… Un leg de ce brave Penlodh, avant qu'il ne nous quitte pour d'autres destinations. »

« Ils ont appris que… que le mariage n'avait pas été consommé. »

Maica faillit avaler son vin de travers.

« Mais… Cela fait six mois que vous êtes mariés. »

Elle réfléchit un instant.

« Vous faites chambre à part ? »

« Non. Nous dormons dans le même lit. Bien que si je pouvais l'éviter... »

La tante d'Ecthelion fronça les sourcils.

« Je ne comprends pas... »

« Je n'arrive pas à… faire quelque chose avec elle, tu comprends ? » finit par avouer Fingon. « Même quand je l'embrasse, je ne ressens rien. Ne suis-je pas censé ressentir quelque chose ? C'est comme si j'embrassais… un bout de bois, ou... un steak. Et pour le reste… Je… Je la trouve jolie, oui, très jolie. Comme une poupée. Mais… j'ai l'impression maintenant… j'ai l'impression que les autres, ne pensent pas comme moi. Je ne peux pas lire dans leurs pensées, il est vrai. J'ai toujours cru que nous avions les mêmes. Mais je doute à présent… C'est comme si j'étais entouré d'étrangers. Comme si j'étais seul au monde, d'une autre espèce que la leur. Maica, qu'est-ce que je suis censé ressentir ? Que devrait ressentir un homme pour son épouse ? Pour pouvoir... »

Les yeux de la femme-elfe s'étaient mis à briller, reflétant la lumière des bougies.

« Hé bien… » dit-elle. « Cela devrait te faire mal dans la poitrine, et dans l'estomac, quand tu la vois. Comme une dague dans ta gorge, et un coup dans le ventre. A la fois la peur, et l'ivresse... »

« C'est ce que chantent tous les ménestrels », répondit amèrement Fingon. « Je ne ressens pas cela quand je la vois. »

Non pas qu'il ne l'ait jamais ressenti… La peur, et l'ivresse.

Puis la déception.

« Et en ce qui concerne… l'acte conjugal… » reprit Maica. « Ce qu'on appelle le désir... Je n'ai jamais été mariée, mais d'après mon expérience, c'est un peu comme la nourriture. Sauf que tu ne le ressens pas avec l'estomac, mais avec tout le corps. »

« Aucun être humain n'a jamais eu cet effet-là sur moi. »

« Tous les elfes le ressentent à un moment ou à un autre, pourtant. Peut-être que tu devrais te concentrer ! »

Fingon se retourna.

« Me concentrer ? »

« Oui… J'avais appris ça d'une prêtresse. Viens te rasseoir, et ferme les yeux. Pense à quelque chose vers quoi tu veux aller. »

Le prince elfe revint vers les sièges-lits, et s'exécuta.

« Alors, qu'est-ce que tu vois ? » demanda son amie.

« Pas grand-chose… De la brume au-dessus de la mer… »

« Est-ce que la brume se dissipe ? »

Ces mots, prononcés par la voix cristalline, semblèrent avoir un effet magique.

« Oui… Je vois… »

Il rouvrit les yeux, l'air étonné.

« Je vois du pain d'épices ? »

« Hum… C'est parce que je t'ai parlé de nourriture. Réessayons. Ferme les yeux. »

Le prince ferma les yeux.

« Respire bien, Fingon Astaldo… Détends-toi. Que vois-tu ? »

« Tu vas rire mais… Je vois un œuf. De poule je crois… Parsemé de petites taches. »

Maica soupira.

« Finalement, ce truc ne marche pas, il faut croire… Ou alors tu vas devoir apporter avec toi toutes sortes de victuailles dans le lit conjugal. »

« Je suis maudit... », conclut Fingon, reprenant son verre de vin.



Tags: maudits silmarils
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