Bouche-trou pour sociopathes (petite_dilly) wrote,
Bouche-trou pour sociopathes
petite_dilly

Maudits Silmarils, livre IV : Penlodh II (Penlodh, OC, PG)



Un chariot s'arrêta devant la maison longue, en bois et torchis, typique des grandes plaines qui entouraient Valimar. Le cocher, un grand elfe mince aux cheveux sombres, bondit à terre lestement. Sa carriole était remplie de cages dans lesquelles caquetaient ou se débattaient des volailles. L'elfe les déchargea toutes, puis les compta, traçant des bâtonnets sur une tablette d'argile humide cerclée de bois à l'aide d'un stylet. Il entreprit ensuite de lâcher les poulets un à un derrière la clôture qui marquait les limites de sa ferme. On devinait dans la cour un autre bâtiment, qui semblait faire office de dépôt et d'atelier. Il y avait aussi un jardin de simples, sur un talus.

A présent, ne restait plus dans le chariot qu'un tapis de belle facture, couvert de motifs géométriques. L'elfe le prit sous son bras, puis poussa la porte d'entrée de la maison.

« Je suis revenu », clama-t-il.

Il y eut un bruit de cavalcade, des petits pieds courant sur les dalles. L'elfe eut à peine le temps de voir une toute petite fille chevelue disparaître par la porte de derrière.

« Ninnë... », commença-t-il. Mais il s'arrêta net, constatant le changement de décor de sa pièce à vivre, entre les murs chaulés. Le sol, la table et les bahuts étaient recouverts de feuilles, toutes sortes de feuilles. Elles étaient espacées entre elles, de manière régulière, comme alignées en tableaux.

Une tête apparut timidement derrière le battant de la porte du fond.

« Ninnë », gronda l'homme elfe. « C'est toi qui as fait ça ? »

« Non », répondit la petite fille de sa voix aiguë. « C'est Pendelot, il a rangé toutes les feuilles. »

« Il les a rangées tu dis ? »

Il ne savait pas où poser son tapis ; il le garda sous le bras. La petite fille pointa du doigt la pièce attenante. Son père suivit la direction ; c'était le lieu où l'on cuisinait. Il poussa la porte. Là, dans la lumière rasante du crépuscule des deux arbres qui se projetait sur lui depuis la petite fenêtre, il vit son fils, accroupi sur le sol, un jeune garçon aux cheveux châtain clair, presque blonds. Il y avait des feuilles devant lui, réparties en ensembles. Le garçon, souriant, avait l'air de réfléchir. Il sembla s'apercevoir d'un coup de la présence de son père.

« Bonjour Atto », dit Pendelot. « Je ne pouvais pas le faire à l'extérieur, à cause du vent. Et il n'y avait pas assez de place dans la chambre. »

L'enfant baissa la tête.

« J'ai essayé d'établir plusieurs configurations », expliqua-t-il. « Avec différents critères de classification. J'aimerais comprendre comment tout cela est organisé... »

Ses yeux clairs bordés de cernes grises semblaient brûler, de la même flamme qui s'allume dans certaines mines. Mais l'enfant était maigre, plus maigre encore qu'avant son départ. Il releva soudain la tête, le visage brusquement amical.

« Est-ce que tu as fait bon voyage, Père ? »

« Oui », murmura l'homme, l'air attristé.

Des pleurs de bébé interrompirent la conversation. Une grande femme blonde s'avança, tenant un nourrisson dans ses bras.

« Lot, époux ! Tu es enfin de retour ! »

Elle souriait. L'inquiétude quitta le visage de l'homme, quand il vit sa femme et son bébé. Mais cela ne dura pas. Il prit l'elfe vanya par le bras, et l'emmena dans la cour.

Pendelot continua à trier ses feuilles. Il crut percevoir quelques bribes de voix. « Cela va mal finir. » « Il faut l'envoyer à l'université. » « Nous ne pouvons pas. » « Je trouverai... » « Je ne veux pas qu'il parte, Lot... » « Il va tomber malade… ou pire. Je trouverai un moyen. »



Les mois valians qui suivirent, Lot, déjà travailleur acharné, travailla encore davantage. Il tissait plus de tapis, plus beaux, plus solides. Il ramenait toujours plus d'oiseaux, de miel, de fromages. Un jour enfin, il revint de Valimar semble-t-il animé d'une grande joie. Il tenait dans sa main quelque chose. Il le montra à sa femme, l'éleva bien haut entre eux : c'était une nouveauté – deux pièces d'or, dont la dorure luisait comme du liquide, à la lumière de Laurelin à son apogée.

« Regarde bien… » s'exclama le Noldo tisserand. « Pendelot va aller à Tirion ! »

La dame herboriste baissa les yeux de résignation.





[La scène Penlodh I était dans le dernier chapitre du livre I, quand Fingolfin lui présente Turgon en Valinor… Il est aussi fait référence ici à la profession du père de Penlodh, dont il est plusieurs fois questions dans la fic.]

(Pendelot = nom quenya de Penlodh)
Tags: maudits silmarils
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