Bouche-trou pour sociopathes (petite_dilly) wrote,
Bouche-trou pour sociopathes
petite_dilly

Maudits Silmarils : Intermède Tragique

Je vais intercaler quelques scènes de ce genre dans les livres II ou III... Il y avait déjà Maedhros de Bergerac. Voici maintenant Maedhros de Racine. (attention spoilers + disclaimer tout à Racine)



Maedhros aime dans le secret son cousin Fingon. Il ne peut se confier librement qu'à son frère cadet, Maglor.




MAEDHROS de Racine


SCENE ENIEME

MAEDHROS, MAGLOR


Maedhros tient encore dans sa main la lettre annonçant le mariage de Fingon avec Meril.





MAEDHROS

Cher Maglor, sais-tu ce que je viens d’apprendre ?


MAGLOR

Non ; mais je viens tremblant, à ne te point mentir
J’ai pâli du dessein qui t'avait fait sortir ;
J’ai craint une fureur à toi-même fatale.


MAEDHROS

Maglor, qui l’eût cru ? J’avais une rivale !


MAGLOR

Comment !


MAEDHROS

                    Fingon aime, et je n'en puis douter.
Ce farouche guerrier qu'on ne pouvait dompter,
Qu'offensait le mariage, qu'importunaient les dames,
Ce tigre, que jamais femme n'abordait sans alarme,
Soumis, apprivoisé, reconnaît un vainqueur ;
Meril avait trouvé le chemin de son coeur.


MAGLOR

Meril ?


MAEDHROS

                  Ah ! douleur non encore éprouvée !
A quel nouveau tourment je me suis réservé !
Tout ce que j'ai souffert, mes craintes, mes transports,
La fureur de mes feux, l'horreur de mes remords,
Et d'une blessure hideuse la monstrueuse injure,
N'était qu'un faible essai du tourment que j'endure.
Ils s'aiment ! Par quel charme ont-ils trompé mes yeux ?
Comment se sont-ils vus ? Depuis quand ? Dans quels lieux ?
Tu le savais. Pourquoi me laissais-tu séduire ?
De leur furtive ardeur ne pouvais-tu m'instruire ?
Les a-t-on vus souvent se parler, se chercher ?
Dans le fond des forêts allaient-ils se cacher ?
Hélas ! Ils se voyaient avec pleine licence ;
Eru de leurs soupirs approuvait l'innocence ;
Ils suivaient sans remords leur penchant amoureux ;
Tous les jours se levaient clairs et sereins pour eux.
Et moi, triste rebut de la nature entière,
Je me cachais au jour, je fuyais la lumière.
Mandos est le seul dieu que j'osais implorer.
J'attendais le moment où j'allais expirer ;
Me nourrissant de fiel, de larmes abreuvé,
Encor dans mon malheur de trop près observé,
Je n'osais dans mes pleurs me noyer à loisir.
Je goûtais en tremblant ce funeste plaisir,
Et sous un front serein déguisant mes alarmes,
Il fallait bien souvent me priver de mes larmes.


Tags: maudits silmarils, silmarillion
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